Ouvrir la conversation : le parcours d’Olivia Teres, troisième génération des Sœurs en vrac

Ce portrait fait partie d’une série où nous partageons le parcours de familles ayant complété Bâtir ensemble, le programme d’accompagnement de Familles en affaires – HEC Montréal pour les duos repreneur(e)/relayeur(e).

L’entreprise Les sœurs en vrac existe depuis 28 ans. Un nom qui a pris racine quand la mère et les deux tantes d’Olivia Teres ont un jour racheté l’entreprise à leurs propres parents.

Olivia, elle, n’avait pas prévu d’en faire partie. Après des études en communication marketing et un début de carrière en événementiel, elle s’est jointe à l’entreprise il y a deux ans et demi. Aujourd’hui, elle est à la direction de la production, et c’est elle qui a convaincu sa famille de s’attaquer, enfin, à la question de la relève.

Une carrière qui ne menait pas à l’entreprise familiale

L’histoire commence en 1998, quand les grands-parents d’Olivia font l’acquisition de BH, une petite entreprise d’épices. Avec le temps, leurs trois filles, dont la mère d’Olivia, reprennent l’entreprise familiale. Le nom actuel naît presque par accident alors que, lors d’une conférence, quelqu’un les présente comme « les trois sœurs », et l’idée reste.

Olivia grandit dans cet univers, sans pour autant y travailler. Quand sa mère ne pouvait pas la faire garder, elle passait ses journées au bureau, fière d’ouvrir les tiroirs remplis de petits pots d’épices. Mais à l’âge adulte, son chemin bifurque vers un baccalauréat en communication marketing à l’UQAM, puis quelques années dans l’événementiel. Elle adore ce domaine, mais il fatigue son corps et son énergie.

En pleine remise en question de carrière, un appel de sa mère change tout. Elle lui parle d’un poste d’adjointe aux opérations qui vient de se libérer et qu’elle aurait besoin d’aide. Olivia embarque, et elle n’est jamais repartie. Puis, récemment, avec le départ à la retraite d’une collègue, elle prend la direction de la production.

Olivia n’est pas la seule de sa génération à faire ce choix : un cousin est représentant sur la route depuis neuf ans, son frère l’a rejointe il y a un an et demi et la plus récente arrivée est celle de sa cousine, aujourd’hui représentante aux ventes. Sur cinq enfants dans cette troisième génération, quatre sont maintenant dans l’entreprise.

Un programme source de prise de conscience et d’échanges

Quatre mois à peine après son arrivée, Olivia participe au Circuit, le programme de Familles en affaires pour les repreneur.e.s qui se questionnent à la reprise familiale. Elle s’y inscrit en plein doute sur son propre avenir professionnel.

Ce n’est que quelques mois plus tard, une fois la formation terminée, qu’elle réalise qu’elle aime réellement ce qu’elle fait et qu’elle veut continuer à contribuer à l’entreprise familiale. Le Circuit lui a aussi appris qu’un processus de rachat d’entreprise familiale s’étale généralement sur sept à dix ans.

Pour lancer la conversation sur le processus de rachat, elle propose à sa famille de suivre le parcours Bâtir ensemble. Ils sont six à participer, soit la plus grande famille de cette cohorte avec les trois sœurs du côté des relayeurs, et Olivia, son frère, et son cousin dans le camp des repreneurs. Son objectif n’était pas de tout régler d’un coup, mais simplement d’ouvrir la discussion sur l’intérêt de chacun envers la relève.

Les moments les plus marquants dans le parcours ont été les témoignages d’autres familles. Voir les dynamiques vécues par d’autres à différentes étapes de leur propre processus a nourri une réflexion sur les exemples que sa propre famille souhaitait suivre, ou, au contraire, les erreurs à éviter. Certains intervenants venus témoigner à titre professionnel ont aussi permis d’aborder des enjeux stratégiques de la relève qui n’avaient simplement jamais été discutés en famille.

 « Quand on est rentrés dans le programme, il n’y avait pas de conversation. Quand on est sortis du programme, on avait des conversations. » L’objectif qu’elle s’était fixé en entrant dans Bâtir ensemble, soit celui d’ouvrir le dialogue, a été atteint, et à 1000%, précise-t-elle.

Vers un transfert aligné en famille

La façon dont la propriété se transférera à la troisième génération reste encore à définir. Mais ce qui est clair, c’est son engagement personnel. Olivia se voit rester dans l’entreprise longtemps, à l’image des 28 ans que sa mère y a déjà consacrés, avec l’envie de prendre graduellement plus de responsabilités.

Son bagage en communication et marketing continue d’ailleurs à enrichir son rôle. Elle collabore avec sa tante, directrice du marketing, sur les partenariats, et aimerait éventuellement pousser davantage la présence de l’entreprise sur les réseaux sociaux.

Mais elle n’a pas envie de tout changer. La croissance organique, magasin par magasin, la qualité des produits et les prix accessibles sont les choix qui ont fait la force des Sœurs en vrac, et elle compte bien poursuivre dans cette direction plutôt que de tout réinventer.

L’entreprise reste un sujet constant à la maison. Olivia partage un duplex avec son frère et il n’est pas rare qu’ils s’appellent en quittant le bureau pour continuer à parler boulot. Un outil du programme, le conseil de famille, est d’ailleurs sur sa liste à mettre en place afin de structurer davantage les discussions portant sur le transfert de l’entreprise.

On sent vraiment que l’énergie familiale déborde à tout point de vue chez Les sœurs en vrac. Une grand-mère, une mère et une fille ont déjà travaillé ensemble en même temps sur le plancher de production, et un chef d’équipe y travaille aujourd’hui aux côtés de ses deux fils. Plusieurs employé(e)s y sont depuis 20 ans.

Preuve que la culture familiale ne s’arrête pas à la porte des bureaux de direction.

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