Le mercredi 3 juin dernier, l’équipe de Familles en affaires HEC Montréal, à l’occasion d’un webinaire, a eu la chance de s’entretenir avec  Valérie Terrault, l’une des repreneurs de l’entreprise familiale Laitues Mirabel.

Nous en avons donc profité pour lui poser quelques questions au sujet de ses projets au sein de l’entreprise familiale. Annie Veilleux, directrice de Familles en affaires, y a ajouté son petit grain de sel en commentant les réponses…un autre clin d’oeil intéressant!

Depuis ton entrée en poste il y a un an, parmi les projets que tu as réalisés, duquel es-tu la plus fière?

Dans le contexte de la COVID-19, dans les premières semaines, nous avons perdu plusieurs clients dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Des commandes nous étaient retournées qui ne pouvaient pas être livrées en raison de la crise. Nous nous sommes alors retrouvés avec des inventaires importants dans les frigos.

J’ai eu l’idée d’aménager un « marché éphémère » dans nos installations afin de vendre les stocks en trop de laitues, de concombres et de poivrons biologiques, tout en nous impliquant dans notre communauté, en les vendant à rabais. Nous avons mis en place un processus de paiement sans contact.

Les gens ont bien répondu, les voisins, mais aussi des gens qui ont fait 30 à 40 minutes de route pour venir nous voir. Au début, tout le monde pensait que ça n’allait pas fonctionner. Nous avons fait de grosses ventes, on ne s’attendait pas à cela. Initialement, le but n’était pas de faire de l’argent, mais de faire une différence auprès de la communauté, et d’éviter le gaspillage. Au début de la crise, l’approvisionnement alimentaire était incertain, alors on voulait s’impliquer. C’est un beau projet. Finalement, nous allons le poursuivre tout l’été.

Le clin d’oeil d’Annie
En général, nous remarquons que les repreneurs souhaitent ancrer davantage l’entreprise familiale au sein de sa communauté, et ainsi faire une différence notable. Déjà une caractéristique très présente chez la majorité des familles en affaires, les aspects communautaires, et le développement durable, sont exacerbés chez les plus jeunes générations. Ces valeurs fondamentales familiales déjà très présentes chez les Terrault, imprègnent inévitablement les valeurs de l’entreprise!

Quel impact a eu ce projet sur ta crédibilité auprès des employés et de ta famille?

Cela a renforcé le fait que lorsque j’ai une idée, je vais la concrétiser, sans que j’obtienne nécessairement l’appui des autres. Lorsqu’on m’a dit : « ça fait des années qu’on en parle, ça ne va pas marcher », c’est un défi que j’ai voulu relever.

On n’a pas révolutionné le monde par ce projet, et nous n’avons pas assuré la survie de l’entreprise en faisant cela, mais je pense que c’est un beau projet qui prouve que lorsque j’ai une idée, je vais l’amener à terme. Aussi, il est important de montrer que la pensée : « ça fait 33 ans qu’on fait ça et ça n’a jamais marché » n’est pas toujours valide; lorsqu’on approche le projet différemment, il y a moyen de faire arriver les choses.

Clin d’œil d’Annie
Une famille entreprenante, et la culture de l’entrepreneuriat, se construit par le succès d’un projet à la fois pour les repreneurs…si petit soit-il.
Pour bâtir la crédibilité et la légitimité des repreneurs, il est important de leur confier des mandats, et de s’assurer qu’ils les mènent à terme en réussissant, ou en tirant des apprentissages. Ainsi, ils acquièrent du leadership auprès de leurs collègues, et aux yeux de leurs parents.
Plus un repreneur prendra en charge des projets d’amélioration, d’optimisation, et de régénération de l’entreprise, plus il prendra des risques, plus il vivra des expériences de façon encadrée, plus il se verra offrir du feedback…plus il deviendra un entrepreneur capable de prendre en charge la continuité de l’entreprise…

Est-ce que tu crois que la latitude reçue par tes parents te permet de gagner en confiance en toi, et de mieux te préparer à la reprise de l’entreprise?

La confiance reçue de la part de nos parents est l’ingrédient le plus important dans le processus de repreneuriat. Ils ont confiance en notre potentiel (Valérie, son frère et son cousin), et adhèrent à ce que nous aspirons à être. Ça donne un petit « boost »; lorsque quelqu’un croit en toi, ça te donne encore plus le goût de croire en toi.

Si la situation était différente, ce serait vraiment plus difficile; de toujours avoir à se prouver. Oui on doit se prouver, mais d’une manière hyper saine. Nous avons de bons parents et de bons mentors; ils jonglent avec ces deux chapeaux, qu’ils essaient du mieux qu’ils peuvent de mettre au bon moment.

Je réalise la chance que nous avons, ma plus grande chance c’est ma famille. L’entreprise va toujours être en 2e, c’est comme ça depuis que je suis toute petite. Même depuis que je travaille dans l’entreprise familiale, la famille est plus importante que tout. Même lorsque nous avons des accrochages, on ne laisse pas cela traîner très longtemps.

Clin d’œil d’Annie
Mandater un repreneur à prendre en charge un projet intrapreneurial, et l’accompagner dans la réalisation de ce mandat, est un élément crucial pour l’aider à bâtir sa confiance en lui.
Et la confiance en soi est un ingrédient majeur, voire même un facteur clé, dans le succès d’une continuité de l’entreprise par les membres de la famille.